
"Enfant, je rêvais d'étourdissantes aventures fourmillantes de dangers mais je n'arrivais pas à trouver la porte d'entrée vers un monde parallèle ! J'ai fini par me convaincre qu'elle n'existait pas. J'ai grandi, vieilli, et je me suis contenté d'un monde classique... jusqu'au jour où j'ai commencé à écrire des romans. Un parfum d'aventures s'est alors glissé dans ma vie. De drôles de couleurs, d'étonnantes créatures, des villes étranges... J'avais trouvé la porte." Pierre Bottero
Vos mots me touchent. Parce que j'y entrevois une sincérité, celle des sentiments, celle de la vie. Parce que j'ai grandi en vous lisant, tout comme mon attrait pour l'écriture a grandi avec moi.
Je me permets de te tutoyer, dans l'espoir que ces mots te parviennent plus facilement, d'une manière ou d'une autre. J'ai découvert la magie. Cette magie seule qui me fait vibrer, sourire et rire, qui m'induit dans l'erreur, m'y conforte pour finalement me surprendre, qui me fait pleurer, de joie ou de tristesse. Qui me fait vivre. Nombreux sont ceux qui me l'on fait découvrir et tu en fais partie. J'ai découvert la Quête d'Ewilan alors que je n'avais pas même dix ans. Je ne sais plus à quelle occasion, mais qu'importe comment cela a commencé, l'important réside dans le fait que ça a commencé. Petite, je me suis laissée transportée dans l'univers d'Ewilan, ce monde merveilleux et fantastique, et je vivais les aventures palpitantes avec l'héroïne. Plus tard, avec la seconde trilogie, un peu moins petite, je me suis laissée émerveillée – plus encore qu'avec la Quête – par la qualité, la finesse et la subtilité de la plume. C'est certainement à cette époque qu'apparut mon attrait pour l'écriture. Mais je pataugeais littéralement. Et aujourd'hui, avec le Pacte des Marchombres, sept ans plus tard si ce n'est plus, j'ai compris que je pouvais, moi aussi, être une magicienne, une créatrice de rêve. Les mots. Ils n'étaient, avec toi, plus seulement un outil au service de l'expression d'une histoire, rôle limitant et limité. Ils m'avaient transportée dans un autre monde, joué avec mes émotions, mes sens. Chacun d'entre eux semblait avoir été créé spécialement pour tes phrases. Je les ressentais, leurs sens multiples, leur force, tout comme je sentais cette aura, pesante, solennelle et vaporeuse à la fois, du choix qui se cachait derrière chacun d'entre eux. Je ne vivais pas tes romans, je palpitais – je palpite au rythme des pages tournées, exultant à la vue du nombre de pages qu'il me reste à découvrir, et à celui que j'ai déjà parcouru. Et cette angoisse qui monte, lorsque le nombre de page se réduit, ce refus inconscient de finir ce rêve imprimé opposé à ce désir de connaître la fin. Se laisser embarquer comme on monte dans un train dont la destination nous est inconnue, tout en sachant que lorsque l'on y arrivera, on en descendra changé, bouleversé mais plus entier encore. Perdre la notion de temps. Perdre la conscience du monde qui nous entoure. Vivre et bien plus que cela.
« Pierre Bottero est mort le dimanche 8 novembre, dans un accident de moto, à l'âge de 40 ans. »
La nouvelle m'a laissée coite. D'autant plus qu'elle m'a été brusquement balancée dans la figure. Mort ? Pas possible, m'étais-je tout d'abord dit. Je lisais, durant cette période, le dernier tome du Pacte de Marchombres. Tu étais là, vivant, sous les mots. Comment pouvait-il être mort ? Mais la réalité m'a bien vite rattrapée. "La mort est un cadeau que nous offrent ceux qui partent. Un cadeau exigeant, écrasant, mais un cadeau. La possibilité de grandir, de comprendre, de s'ouvrir, d'apprendre." Ellana L'Envol Le bout du tunnel se découpait déjà, au loin. Il n'y aura plus de suite. La certitude, écrasante, m'arrache un sourire de plénitude amère. La douleur de la mort, de ta mort, inconnu et pourtant ami, était le prix à payer en contrepartie du bonheur de te lire. Tu m'as fais entrevoir un monde que je ne soupçonnais même pas. Utiliser les mots pour concentrer et laisser éclater des émotions, les manier, jouer sur les nuances, le rythme, les coupures. Mon apprentissage n'est pas encore terminé. Mais je sais, grâce à toi, qu'il est possible de repousser les limites des mots, plus loin, encore plus loin. Jusqu'à atteindre l'acmé, puis le dépasser, toujours plus loin. Si la limite existe. Il n'y en a pas pour les sentiments, pourquoi y en aurait-elle pour eux ? Je vois la Quête d'Ewilan comme une ode au rêve, les Mondes d'Ewilan comme une ode à la vie et le Pacte des Marchombres ode à la liberté. Peut-être est-ce toi qui, grâce à tes romans, m'a permis d'apprécier le moindre petit bonheur, et de faire de rêve, vie, liberté trois de mes maîtres-mots. Je ne cesse de m'émerveiller devant la couleur du ciel lorsque le soleil se lève, tout comme je ne me lasse pas de te lire. Je suis certaine que, dans dix ans, j'apprécierai toujours autant, si ce n'est plus, tes romans. J'espère, quelque part, que dans dix ans, je serais capable d'en faire autant que tu en as fait pour moi.
"- Que deviennent les rêves qui se brisent ?
- Les rêves ne se brisent pas.
- Que deviennent les rêves qui se brisent ?
- Le terreau des rêves à venir." Ellana la Prophétie
Tes mots, si simples et si profonds à la fois, me touchent. Ils ont trouvé écho en moi, tout comme chez bien d'autres. Je regrette, je regrette tellement d'avoir attendu ce jour pour t'adresser ces mots. Je sais que c'est trop tard, ce qui renforce mon amertume. Tu as su communiquer ton plaisir d'écrire, de créer un nouveau monde, coloré, sombre et brillant, des personnages forts puis faibles, grandissant, humbles et fiers à la fois, entiers. J'admire cette virtuosité. Tu as su renforcer mon amour pour la lecture, chez moi comme pour d'autres, à d'autres encore tu as suscité l'envie de lire. Tu as su nous faire rêver. Tu m'as ouvert une voie, celle de l'écriture, et j'espère l'arpenter aussi loin que tu l'as fait.
"Si je vis dans un monde aux limites finies, connues, d'autres existent ailleurs, infinis, multiples, complexes, riches, foisonnants, merveilleux. Les auteurs sont les passeurs, leurs livres les portes qu'ils nous proposent de franchir."
Ces mots me semblent outrageusement justes. Tu es l'un de ces passeurs, tu nous as ouvert la porte. Le reste nous appartient désormais.
Merci. Pour toutes les choses apparues dans cet hommage parfois confus, et toutes celles que je n'ai pas pu formuler. Pour l'espoir né de tes mots, de trouver moi-aussi la porte.
J'adresse mes plus sincères condoléances à sa femme, ses filles, et ses amis. A ses lecteurs.
A Pierre Bottero.
Vos mots me touchent. Parce que j'y entrevois une sincérité, celle des sentiments, celle de la vie. Parce que j'ai grandi en vous lisant, tout comme mon attrait pour l'écriture a grandi avec moi.
Je me permets de te tutoyer, dans l'espoir que ces mots te parviennent plus facilement, d'une manière ou d'une autre. J'ai découvert la magie. Cette magie seule qui me fait vibrer, sourire et rire, qui m'induit dans l'erreur, m'y conforte pour finalement me surprendre, qui me fait pleurer, de joie ou de tristesse. Qui me fait vivre. Nombreux sont ceux qui me l'on fait découvrir et tu en fais partie. J'ai découvert la Quête d'Ewilan alors que je n'avais pas même dix ans. Je ne sais plus à quelle occasion, mais qu'importe comment cela a commencé, l'important réside dans le fait que ça a commencé. Petite, je me suis laissée transportée dans l'univers d'Ewilan, ce monde merveilleux et fantastique, et je vivais les aventures palpitantes avec l'héroïne. Plus tard, avec la seconde trilogie, un peu moins petite, je me suis laissée émerveillée – plus encore qu'avec la Quête – par la qualité, la finesse et la subtilité de la plume. C'est certainement à cette époque qu'apparut mon attrait pour l'écriture. Mais je pataugeais littéralement. Et aujourd'hui, avec le Pacte des Marchombres, sept ans plus tard si ce n'est plus, j'ai compris que je pouvais, moi aussi, être une magicienne, une créatrice de rêve. Les mots. Ils n'étaient, avec toi, plus seulement un outil au service de l'expression d'une histoire, rôle limitant et limité. Ils m'avaient transportée dans un autre monde, joué avec mes émotions, mes sens. Chacun d'entre eux semblait avoir été créé spécialement pour tes phrases. Je les ressentais, leurs sens multiples, leur force, tout comme je sentais cette aura, pesante, solennelle et vaporeuse à la fois, du choix qui se cachait derrière chacun d'entre eux. Je ne vivais pas tes romans, je palpitais – je palpite au rythme des pages tournées, exultant à la vue du nombre de pages qu'il me reste à découvrir, et à celui que j'ai déjà parcouru. Et cette angoisse qui monte, lorsque le nombre de page se réduit, ce refus inconscient de finir ce rêve imprimé opposé à ce désir de connaître la fin. Se laisser embarquer comme on monte dans un train dont la destination nous est inconnue, tout en sachant que lorsque l'on y arrivera, on en descendra changé, bouleversé mais plus entier encore. Perdre la notion de temps. Perdre la conscience du monde qui nous entoure. Vivre et bien plus que cela.
« Pierre Bottero est mort le dimanche 8 novembre, dans un accident de moto, à l'âge de 40 ans. »
La nouvelle m'a laissée coite. D'autant plus qu'elle m'a été brusquement balancée dans la figure. Mort ? Pas possible, m'étais-je tout d'abord dit. Je lisais, durant cette période, le dernier tome du Pacte de Marchombres. Tu étais là, vivant, sous les mots. Comment pouvait-il être mort ? Mais la réalité m'a bien vite rattrapée. "La mort est un cadeau que nous offrent ceux qui partent. Un cadeau exigeant, écrasant, mais un cadeau. La possibilité de grandir, de comprendre, de s'ouvrir, d'apprendre." Ellana L'Envol Le bout du tunnel se découpait déjà, au loin. Il n'y aura plus de suite. La certitude, écrasante, m'arrache un sourire de plénitude amère. La douleur de la mort, de ta mort, inconnu et pourtant ami, était le prix à payer en contrepartie du bonheur de te lire. Tu m'as fais entrevoir un monde que je ne soupçonnais même pas. Utiliser les mots pour concentrer et laisser éclater des émotions, les manier, jouer sur les nuances, le rythme, les coupures. Mon apprentissage n'est pas encore terminé. Mais je sais, grâce à toi, qu'il est possible de repousser les limites des mots, plus loin, encore plus loin. Jusqu'à atteindre l'acmé, puis le dépasser, toujours plus loin. Si la limite existe. Il n'y en a pas pour les sentiments, pourquoi y en aurait-elle pour eux ? Je vois la Quête d'Ewilan comme une ode au rêve, les Mondes d'Ewilan comme une ode à la vie et le Pacte des Marchombres ode à la liberté. Peut-être est-ce toi qui, grâce à tes romans, m'a permis d'apprécier le moindre petit bonheur, et de faire de rêve, vie, liberté trois de mes maîtres-mots. Je ne cesse de m'émerveiller devant la couleur du ciel lorsque le soleil se lève, tout comme je ne me lasse pas de te lire. Je suis certaine que, dans dix ans, j'apprécierai toujours autant, si ce n'est plus, tes romans. J'espère, quelque part, que dans dix ans, je serais capable d'en faire autant que tu en as fait pour moi.
"- Que deviennent les rêves qui se brisent ?
- Les rêves ne se brisent pas.
- Que deviennent les rêves qui se brisent ?
- Le terreau des rêves à venir." Ellana la Prophétie
Tes mots, si simples et si profonds à la fois, me touchent. Ils ont trouvé écho en moi, tout comme chez bien d'autres. Je regrette, je regrette tellement d'avoir attendu ce jour pour t'adresser ces mots. Je sais que c'est trop tard, ce qui renforce mon amertume. Tu as su communiquer ton plaisir d'écrire, de créer un nouveau monde, coloré, sombre et brillant, des personnages forts puis faibles, grandissant, humbles et fiers à la fois, entiers. J'admire cette virtuosité. Tu as su renforcer mon amour pour la lecture, chez moi comme pour d'autres, à d'autres encore tu as suscité l'envie de lire. Tu as su nous faire rêver. Tu m'as ouvert une voie, celle de l'écriture, et j'espère l'arpenter aussi loin que tu l'as fait.
"Si je vis dans un monde aux limites finies, connues, d'autres existent ailleurs, infinis, multiples, complexes, riches, foisonnants, merveilleux. Les auteurs sont les passeurs, leurs livres les portes qu'ils nous proposent de franchir."
Ces mots me semblent outrageusement justes. Tu es l'un de ces passeurs, tu nous as ouvert la porte. Le reste nous appartient désormais.
Merci. Pour toutes les choses apparues dans cet hommage parfois confus, et toutes celles que je n'ai pas pu formuler. Pour l'espoir né de tes mots, de trouver moi-aussi la porte.
J'adresse mes plus sincères condoléances à sa femme, ses filles, et ses amis. A ses lecteurs.
La douleur infinie de celui qui reste,
Comme un pâle reflet de l'infini voyage
Qui attend celui qui part.
Comme un pâle reflet de l'infini voyage
Qui attend celui qui part.
A Pierre Bottero.