Je laisse de côté mon orgueil, j'enterre mon obstination, je brise ce silence.
Pardon pour ce mutisme qui ressemble à un abandon pur et simple. Ce n'était pas mon intention. Je voulais en discuter en face à face, sans contrainte de temps ni de pression des examens ; mais ce genre de moment-là n'est pas envisageable avant longtemps, et je ne supporte pas de continuer sans rien faire.
Je vais donc te donner une chose, précieuse pour moi, cette chose que tu connais bien - j'ose espérer : ma sincérité. Et comme je sais que tu viens parfois ici, et que les mots sont ce que je maîtrise de mieux, je suis certaine que tout ceci te parviendra, tôt ou tard.
Par où vais-je bien pouvoir commencer? Je ne trouve pas le début... Je crois que je commence seulement à réaliser ce qui se passe, ce qui nous arrive. Rassure-toi, je ne cherche pas à me trouver d'excuse ou à rejeter quoi que ce soit, j'ai simplement besoin de reposer les choses à plat. Pour y voir vraiment plus clair. Plus j'y pense, et plus je trouve ça étrange. Pas péjorativement, mais simplement décalé. Parce qu'on savait, et c'est finalement arrivé.
C'était une belle fin, naturelle j'ai envie de dire. Sans prise de tête. J'ai peur de perdre mes mots. Mais comme toutes les fins, elle a sa part de tristesse. Je n'ai pas de regret, quoique si, celui de ne pas avoir eu le temps de tout dire, mais qu'importe, on devrait avoir assez d'une vie pour en parler. Cette histoire-là s'est achevée, mais je sens encore cette chose indéfinissable qui nous relie. C'est bien plus que de l'amitié, et ce n'est probablement plus de l'amour ; et tant pis si j'ai tort. J'ai peur que tu penses que j'ai balancé tout ça aux oubliettes et que j'ai tourné le dos. Impossible.
Échec ou réussite, je me dis que c'est une belle histoire à raconter. Et puis, les histoires sans fin, c'est plus difficile à raconter. Parce que les histoires ont cette vertu : celle de faire réfléchir. Je ne peux pas renier ce "nous" , ça serait renoncer à ce que je suis aujourd'hui. Oui, tu m'as aidée à grandir davantage, à tenir le coup. Je ris encore, quand je me dis que sans ce quiproquo, on serait peut-être passés à côté de quelque chose. Un rire heureux, mais certainement un peu nerveux aussi. Je n'ose même pas imaginer l'autre éventualité, cet autre moi que je serais devenue.
Est-ce que je suis la seule à penser que notre histoire passée me permet encore avancer? Si c'est le cas, je dois reconnaître que mon anticonfirmisme tire vers l'extrême. Tous ces souvenirs qui rejoignent maintenant ma boite à nostalgie, je continue à m'y plonger avec plaisir. Il y en a un, que j'aime tout particulièrement, et qui reste, aujourd'hui encore, le plus beau compliment du monde selon moi. Un souvenir qui sent l'été, la brise et la joie. Je me souviens du bitume tiède, et de cette phrase lancée après un long silence : "T'as vraiment le don de rendre les gens heureux."
Alors même si le sens de ces mots s'est perdu aujourd'hui, ils gardent malgré tout leur lueur de félicité. Et c'est pour ça que je continue à me dire que c'est peut-être terminé, mais c'est arrivé. Ce n'est plus nécessaire de développer davantage pour l'instant, j'ai dû oublier plein de choses mais l'essentiel est là. Merci d'avoir été là, et d'être celui que tu es.
Laisse-moi juste t'offrir un dernier je t'aime ; pas celui de l'amoureuse transie, celui de l'amie qui tient vraiment à toi.
Léa, loin de tes yeux de psychopathe, loin de ton cœur, mais là, quelque part.