L'inspiration ne dure jamais très longtemps. Soudaine, inattendue, éphémère, elle s'en trouve parfois insaisissable. Que de brouillons avortés, de mots gribouillés sans pouvoir pour autant en capturer la profondeur. La liste des titres jamais publiés est longue, et comme il est intrigant de se replonger dans ces mots qui ont désormais perdu leur sens. Que se passait-il dans ma vie au moment où je couchais ces lignes? Quel événement, quelle vision avaient déclenché l'envie d'écrire? Quelles émotions me poussaient à chercher les mots pour se libérer? L'inspiration se mêlait parfois à ce besoin irrépressible d'évacuer ce tourbillon, de le dompter en quelque sorte. Être dans l'illusion de contrôler quelque chose dans sa vie. Et des semaines, des mois voire des années plus tard, ils sont encore là. Les brouillons. Tellement nombreux qu'il est facile de s'y perdre. Ils ne trouveront probablement jamais les mots qui les compléteront, et attendent, inexorablement.
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01 juin 2012
Quietly fading away
Mon mocha refroidit lentement, ma part de gâteau s'émiette. La pointe de mon crayon gratte nerveusement la surface de la feuille, tandis que des inconnus vont et viennent de l'autre côté de la vitre. Je sens le souffle de l'air conditionné, et son ronronnement se mêle discrètement à la musique et au bruit des conversations, qui flottent paresseusement dans l'air ambiant.
Je tourne la page, trouve la citation, la recopie. L'été s'installe en douceur. La fin approche, inexorable, de plus en plus pesante. Les révisions ont du mal à faire leur place avec ce parfum de vacances. C'est à nouveau le temps des bilans, des projets. Un frisson, un soupir.
Une autre page se tourne.
31 janvier 2012
Goodbye
Nous avions réussi à surmonter cette épreuve. La cuisante brûlure que provoquait l'absence s'était estompée au fil des semaines, puis des mois. Il y avait même eu une période où le silence qui régnait entre nous n'était plus troublé. Les choses avaient repris leur cours normal, nos routes s'étant habituées à ne plus cheminer côte à côte. À tel point, je crois, que la douleur de la séparation avait fini reléguée dans un recoin de ma mémoire, poussée là par ce besoin instinctif d'occulter les sentiments désagréables. Puis il y eut les retrouvailles, là encore heureuses, comme s'il ne s'était écoulé qu'un jour depuis la dernière fois qu'on s'était vues. Et subitement, tout ce qu'on avait mis des mois à désapprendre est revenu.
Nous avions réussi à surmonter cette épreuve, et j'ai moi aussi cru que cette fois-ci serait moins éprouvante que la première. Surtout de cette manière. Je me souviens du premier départ ; le souvenir froid et embrumé d'un jour qui ne s'était pas encore levé. La fébrilité mêlée à l'excitation. La fatigue, aussi, qui froissait nos visages. L'effort pour ne pas laisser transparaître toute la peur et la tristesse. Je me souviens des portes qui se referment, et ces visages de l'autre côté de la vitre. C'était un au revoir, mais c'était aussi la chaleureuse aura qui venait me pousser vers l'avant pour la dernière fois avant des mois.
Mais pas cette fois-ci. Je n'aurais probablement pas supporté de te voir sur le quai pendant que le train partait, surtout par une belle journée comme celle-là. Tu as bien raison sur ce point : c'est bien trop éprouvant de monter dans le train sans toi à mes côtés. C'est bien pour cela que le souvenir moins douloureux de cette joyeuse ribambelle assise entre les rayonnages de livres me serre bien moins le cœur. Le bruit des rires dans la foule, des voix familières partageant leur découvertes insolites, ces sourires si chers à mon quotidien, qui disparaissent au tournant, derrière un mur en partant. Alors je préfère ce départ-là, vous laissant continuer à discuter. Pas ce silence qui emplit la gare une fois que le train est parti.
L'absence s'est pourtant durement manifestée. Plus diffuse, plus latente, elle me guettait à chaque seconde en tête à tête avec moi-même. C'est d'ailleurs pour cela que je repoussais l'heure du plongeon dans le pays des rêves tout en désirant y sombrer pour des semaines. Comme pour ce train que j'attendais avec impatience sans toutefois vouloir y monter. La tête vide et l'esprit libre, c'était tout ce que je demandai alors.
Mais pas cette fois-ci. Je n'aurais probablement pas supporté de te voir sur le quai pendant que le train partait, surtout par une belle journée comme celle-là. Tu as bien raison sur ce point : c'est bien trop éprouvant de monter dans le train sans toi à mes côtés. C'est bien pour cela que le souvenir moins douloureux de cette joyeuse ribambelle assise entre les rayonnages de livres me serre bien moins le cœur. Le bruit des rires dans la foule, des voix familières partageant leur découvertes insolites, ces sourires si chers à mon quotidien, qui disparaissent au tournant, derrière un mur en partant. Alors je préfère ce départ-là, vous laissant continuer à discuter. Pas ce silence qui emplit la gare une fois que le train est parti.
L'absence s'est pourtant durement manifestée. Plus diffuse, plus latente, elle me guettait à chaque seconde en tête à tête avec moi-même. C'est d'ailleurs pour cela que je repoussais l'heure du plongeon dans le pays des rêves tout en désirant y sombrer pour des semaines. Comme pour ce train que j'attendais avec impatience sans toutefois vouloir y monter. La tête vide et l'esprit libre, c'était tout ce que je demandai alors.
25 février 2011
I thought I could read him like an open book.
Lui. Le regarder, encore et encore... Je me disais qu'il n'était qu'un, perdu au milieu d'une foule d'autres. Pourtant, c'est sur lui que mes yeux se posaient. Inlassablement. Et un jour de pluie, saisie d'une inspiration nouvelle ou tout simplement par capitulation, je ne cherchai plus à résister. Cédant à l'attraction, l'objet des convoitises se retrouva à mes côtés. On avait toujours une vague idée de la chose vers laquelle on s'engageait alors, mais c'est peut-être mieux de ne jamais savoir précisément. C'est bien connu, on ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas ou l'on va...
Le tout début me surpris néanmoins : je ne m'attendais pas vraiment à ça. Surmontant l'appréhension première, je me laissais peu à peu entraîner. Il fallait le temps de s'habituer, de s'y familiariser. Puis le temps passant, je finissais par le deviner, reconnaître sa marque, ses habitudes et ses petites manies qui faisaient son caractère. Je me laissais prendre dans cette histoire, fascinante par moments, quasi-hypnotisante à d'autres. Il m'arrivait aussi de m'ennuyer, de souhaiter passer à autre chose mais le magnétisme doublé de la curiosité était trop fort, je voulais malgré tout voir comment le tout allait évoluer.
Parce que sans m'en rendre compte, je m'y étais attachée, et je me plaisais à imaginer le devenir de chacun. Hors du temps, hors de la réalité, qu'il était bon de s'abandonner un peu, laissant de côté les petits tracas du quotidien! Je n'avais qu'à oublier tout le reste pour reprendre ce monde que j'avais laissé en suspend.
Je savais pertinemment qu'il y aurait une fin à tout ça, que cette histoire ne pouvait s'étirer éternellement. Après tout, l'ennui ou la lassitude se seraient installés définitivement. Mais malgré cette certitude, je me laissais piéger à chaque fois : après la surprise sceptique du début, je me laissais agréablement surprendre par la suite. Et chaque fois, je me faisais un peu plus happée, sans pouvoir opposer la moindre résistance.
La fin approchait irrémédiablement. Je la voyais maintenant ; la distance qui me séparait d'elle se réduisait, parfois très lentement, parfois avec une incroyable célérité. Toujours le même paradoxe : plus je me laissais emporter, plus je la désirais, cette fin. Mais l'inconnu, le vide qui se trouvait au-delà, en valait-il vraiment la peine? Et comment se présentera-t-elle? Ces questions qui tournaient de plus en plus souvent autour de moi... Et voilà qu'un jour, qu'une heure, qu'une minute, j'y arrivai.
Alors je relus encore une fois la dernière ligne, refusant inconsciemment ce point final. Je refermai le roman, passant la main sur la couverture. En le rangeant, je me dis qu'un jour, je retomberai certainement dessus et me laisserai de nouveau tentée par le titre. Certaines choses qui m'avait alors échappées me permettraient alors de le redécouvrir d'un autre oeil... Qui sait?
"A good book has no ending."
Un petit défi pour voir ce que je pouvais encore produire...Robert Dalziel Cumming
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