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12 février 2013

Orphans

L'inspiration ne dure jamais très longtemps. Soudaine, inattendue, éphémère, elle s'en trouve parfois insaisissable. Que de brouillons avortés, de mots gribouillés sans pouvoir pour autant en capturer la profondeur. La liste des titres jamais publiés est longue, et comme il est intrigant de se replonger dans ces mots qui ont désormais perdu leur sens. Que se passait-il dans ma vie au moment où je couchais ces lignes? Quel événement, quelle vision avaient déclenché l'envie d'écrire? Quelles émotions me poussaient à chercher les mots pour se libérer? L'inspiration se mêlait parfois à ce besoin irrépressible d'évacuer ce tourbillon, de le dompter en quelque sorte. Être dans l'illusion de contrôler quelque chose dans sa vie. Et des semaines, des mois voire des années plus tard, ils sont encore là. Les brouillons. Tellement nombreux qu'il est facile de s'y perdre. Ils ne trouveront probablement jamais les mots qui les compléteront, et attendent, inexorablement.

04 février 2013

Epiphany

Je suis émerveillée. Blasée. Jamais. En permanence. J'oscille constamment entre ces deux état antithétiques, telle le pendule détraqué d'une vieille horloge. Et dans le creux de la vague, quand j'ai l'impression que je ne peux pas sombrer plus bas dans le désarrois de l'existence -lâcheté sartrienne à laquelle je ne peux m'empêcher de penser, je laisse enfin les larmes jaillir hors de leur prison de chair et de pensée. Et c'est dans ces moments-là que je me souviens de la grâce qui me frappe si facilement devant les petits détails insignifiants de ce monde. La gloire involontaire de la vie qui existe inexorablement. Cette énergie impalpable qui ne peut cesser d'être. Et elle brille non loin de la maison de mon enfance, la lueur qui vient m'éclairer dans l'obscurité. Elle s'illumine soudainement, jetant sur moi l'évidence que j'avais oubliée: celle que le monde est beau. Et malgré tous les mots qui tentent de la capturer, la beauté est indicible. Et malgré tous les ciels étoilés, elle est également invisible. À cela j'ajouterai immarcescible. C'est ainsi que se définit ce lien intangible et pourtant si fort qui m'unit à cette personne qui continue à m'inspirer par sa présence et son absence, par ses joies et ses peines, par la place énorme qu'elle occupe dans ma vie. Les larmes ne sont plus qu'un ruban chaud sur ma peau. J'écoute les battements de mon cœur résonner dans ma tête et le crépitement irrégulier d'autres larmes, sur ma fenêtre obscurcie par les nuages orange de l'éclairage publique. Mes yeux se ferment et mon esprit s'apaise tandis que la source se tarit; je glisse vers un autre rêve. Jusqu'au prochain plongeon.

28 novembre 2012

Racing against time


'It was so nice to see you after so many years!'
Un dernier au revoir, et elle descendit de la rame de métro. Demain matin, elle allait prendre l'Eurostar vers Londres où un avion la ramènerait en Californie alors que les nuages continuaient à menacer Paris. Un regard furtif à ma montre, inquiet. J'avais encore changé mes plans et avait accepté de dîner avec elle, au risque de me mettre en retard pour le feu d'artifice de la commune voisine - ce qui était le cas, j'étais très en retard. Je filais prendre ma correspondance, et m'aperçus que je ne pourrai pas passer chez moi avant à temps. En parlant de temps, la pluie n'avait pas arrêté ce jour-là ; mes chaussettes étaient mouillées et ma veste humide malgré tous mes efforts pour me protéger avec mon parapluie. Il faisait déjà sombre dehors et un léger sentiment de panique s'empara de moi. C'était peut-être un bête feu d'artifice, mais c'était également l'occasion de revoir certaines têtes depuis le début des vacances, d'autant plus que ce job d'été me mangeait la plupart de mon temps et de mon énergie. Je respirais profondément. Cela ne servait à rien de paniquer, surtout pour quelque chose d'aussi superflu, ça n'était pas comme si ce feu d'artifice était indispensable... Mais j'avais beau me raisonner, je ne pouvais pas à venir à bout du sentiment de dégoût qui montait en moi quand j'envisageais l'idée de rentrer directement chez moi. Un crépitement derrière la vitre du RER. Une fleur rouge s'éteignait doucement dans le ciel. J'espérais de tout cœur que ça n'était pas celui auquel je devais assister.

Mon portable vibra. "Oui? Non, je suis encore à Paris, le RER s'arrête à la station d'avant... [...] Il commence à quelle heure? [...] Il me reste à peine vingt minutes! Je peux essayer de vous rejoindre directement au terrain. [...] En fait non, je ne connais pas le chemin. Tu sais comment on y va? [...] Non? J'entends du bruit derrière, t'es avec qui? [...] Elle a sa voiture? [...] Demande-lui si elle peut la prendre et me récupérer à la gare. [...] D'acc, je t'envoie un message quand j'arrive là-bas."

Je respirais un peu mieux, j'arrivais à la gare en moins de dix-minutes, mais le terrain duquel était lancé le feux d'artifice était à l'autre bout de la ville. Deux amis m'attendaient de l'autre côté des tourniquets. J'accélérais le pas et les suivis sous la pluie qui, décidément, ne souhaitait pas nous donner le moindre répit. Deux autres amis attendaient dans la minuscule voiture, et nous nous tassâmes avec difficulté dans le petit habitacle. Sept minutes avant le lancement. Les salutations fusèrent pendant que mon amie démarrait. Les petites histoires fusaient de toutes part, chassant le silence et l'inquiétude. Les vitres, couvertes de buée, nous faisaient office de tableau blanc. Un ami déjà sur place nous appela entre temps pour savoir où nous étions: en chemin! Deux minutes. Les petites rues s'enchaînaient à toute allure sous la pluie battante. La conductrice racontait une anecdote sur son père qui avait foncé dans un mur après une soirée arrosée. "On y est!" Quinze secondes. Un coup de volant et le terrain se trouvait au bout de la rue. Au moment où nous nous y engageâmes les tout premiers feux illuminèrent le ciel, rapidement suivis par une détonation. Nous exultions.

La pluie tombait toujours autant, mais nous sortîmes tout de même dehors, évitant les flaques d'eau comme nous pouvions. Le reste du groupe vint à notre rencontre. Et nous étions là, tous alignés, serrés les uns contre les autres à rire bêtement, éviter les coups de parapluie, chanter et à admirer le spectacle. Ensemble.

30 septembre 2012

Le crépitement régulier de la pluie n'en finissait plus. Les premières gouttes avaient commencé à tomber en début de soirée, et la nuit était désormais bien installée. C'était comme les giboulées d'été : une trombe d'eau qui se déverse soudain sur les toits et qui vient frapper le rebord de la fenêtre, à la seule différence qu'elle dure encore et encore. La pluie est souvent associée - à tord - à la tristesse, mais elle a quelque chose de rassurant pour moi. Peut-être était-ce dû à l'habitude d'entendre ce son pendant les nuits d'orage, sur le velux, depuis que je suis toute petite? J'avais l'impression d'être protégée de tout, de l'autre côté de la vitre, que le ciel pouvait cogner de toutes ses forces dessus, elle ne céderait jamais. Ou serait-ce dû à ces orages d'été qui nous avaient surpris si souvent, et qui se transformaient toujours en grandes séances de fou rire à cause de nos déboires, noyés sous des litres d'eau? J'en ai gardé l'envie parfois irrésistible d'aller courir et danser sous la pluie, pour retrouver ces moments d'insouciance et de bonheur si simple.

Peut-être un peu des deux. Puis avec le temps, j'ai commencé à apprécier ces petits moments où la météo n'en fait qu'à sa tête, et nous confine chez nous. Une manière de nous prouver que la nature ne se contrôle jamais totalement, et de nous inculquer un minimum de patience. La pluie ne me procurait plus seulement - et indirectement - un sentiment de sécurité, ni même de patience : la photographie affine le regard tout autant que les sens. Car lorsque la pluie tombe, c'est comme si le temps se suspendait. Le ciel qui s'obscurcit soudainement, ce rideau qui altère les couleurs, la température et cette odeur de terre mouillée qui n'étaient pas là deux minutes avant. Le vent secoue les arbres et caresse l'herbe qui se transforme en une mer vert acidulé aux reflets métalliques.

Et, finalement, les gouttes d'eau se raréfient, l'écran gris des nuages se déchire pour laisser passer la lumière ; le tic tac de l'horloge se fait de nouveau entendre.

06 juin 2012

Chasing the sun

 'Good Morning England!' at Canterbury.
5/6/12 ©Loony



Le bout de mes chaussures commençait à prendre l'eau, à cause de l'herbe mouillée. Je rentrais chez moi, alors que le jour commençait à poindre. Mais ce n'était pas la faible lumière blafarde à laquelle j'avais le droit depuis quelques jours, mais une douce lueur qui venait réchauffer le ciel.

Une lumière rose et orange.
Le ciel en est rempli, comme dans une aquarelle dans laquelle les couleurs s'étendent et se mélangent voluptueusement. L'appareil photo quitte le cocon de mon sac pour rester greffé à ma main et rivé à mon œil. Nos pas nous portent jusqu'à la lisière du campus, là où les bâtiments sont couverts de fleurs. Il faut tourner sur la droite, et longer la route pour se retrouver sur un petit chemin entouré de champs. Au virage, un cri : "Il est là!". Mon cœur fait un bond. Loin derrière les lignes électriques, les vieux piquets en bois et les panneaux de signalisation, le soleil entame son ascension. La course est lancée, nous nous élançons, le pas léger mais écrasées par la peur d'en louper la moindre seconde. La lumière pourrait nous brûler les yeux, mais comme les papillons de nuit, elle nous attire irrémédiablement.
Courir, pour aller au plus près du soleil. Rire du ridicule de la situation. Jubiler d'assister à un tel spectacle. S'émouvoir encore et toujours, face au lever du jour, au point d'en avoir les larmes aux yeux et le cœur au bord des lèvres. Être heureux de vivre, et d'être suffisamment sensible pour pouvoir encore et toujours s'émerveiller des choses les plus simples.

01 juin 2012

Quietly fading away


Mon mocha refroidit lentement, ma part de gâteau s'émiette. La pointe de mon crayon gratte nerveusement la surface de la feuille, tandis que des inconnus vont et viennent de l'autre côté de la vitre. Je sens le souffle de l'air conditionné, et son ronronnement se mêle discrètement à la musique et au bruit des conversations, qui flottent paresseusement dans l'air ambiant.
Je tourne la page, trouve la citation, la recopie. L'été s'installe en douceur. La fin approche, inexorable, de plus en plus pesante. Les révisions ont du mal à faire leur place avec ce parfum de vacances. C'est à nouveau le temps des bilans, des projets. Un frisson, un soupir.
Une autre page se tourne.

16 mars 2012

Nothingness

Elle renoue son écharpe, en prévision du froid à l'extérieur. L'hiver s'est enfin installé, et se manifeste glacialement. La porte franchie, le dernier au revoir lancé, elle s'engouffre dans un autre monde. A sa grande surprise, il fait bon dehors. Le vent s'est calmé, cessant de harceler les marcheurs. Il et encore trop tôt pour qu'il fasse jour, mais également trop tard pour que le oiseaux dorment. Elle marche entre les arbres qui se déshabillent progressivement. C'est l'heure perdue entre deux moments, l'instant qui n'a pas de nom. Le ciel est voilé, pas d'étoiles à voir ce soir. Elle traverse un grand parking, désert. Une canette roule par terre, créant un vacarme assourdissant. Elle passe devant de grands bâtiments vides de vie eux aussi. Le sommeil a plongé le monde dans une torpeur, et elle se fait le témoin de ce spectacle inanimé. La ville est comme morte, sous les lumières blafardes.
La nuit commence.

31 janvier 2012

Goodbye

Nous avions réussi à surmonter cette épreuve. La cuisante brûlure que provoquait l'absence s'était estompée au fil des semaines, puis des mois. Il y avait même eu une période où le silence qui régnait entre nous n'était plus troublé. Les choses avaient repris leur cours normal, nos routes s'étant habituées à ne plus cheminer côte à côte. À tel point, je crois, que la douleur de la séparation avait fini reléguée dans un recoin de ma mémoire, poussée là par ce besoin instinctif d'occulter les sentiments désagréables. Puis il y eut les retrouvailles, là encore heureuses, comme s'il ne s'était écoulé qu'un jour depuis la dernière fois qu'on s'était vues. Et subitement, tout ce qu'on avait mis des mois à désapprendre est revenu.
Nous avions réussi à surmonter cette épreuve, et j'ai moi aussi cru que cette fois-ci serait moins éprouvante que la première. Surtout de cette manière. Je me souviens du premier départ ; le souvenir froid et embrumé d'un jour qui ne s'était pas encore levé. La fébrilité mêlée à l'excitation. La fatigue, aussi, qui froissait nos visages. L'effort pour ne pas laisser transparaître toute la peur et la tristesse. Je me souviens des portes qui se referment, et ces visages de l'autre côté de la vitre. C'était un au revoir, mais c'était aussi la chaleureuse aura qui venait me pousser vers l'avant pour la dernière fois avant des mois.
Mais pas cette fois-ci. Je n'aurais probablement pas supporté de te voir sur le quai pendant que le train partait, surtout par une belle journée comme celle-là. Tu as bien raison sur ce point : c'est bien trop éprouvant de monter dans le train sans toi à mes côtés. C'est bien pour cela que le souvenir moins douloureux de cette joyeuse ribambelle assise entre les rayonnages de livres me serre bien moins le cœur. Le bruit des rires dans la foule, des voix familières partageant leur découvertes insolites, ces sourires si chers à mon quotidien, qui disparaissent au tournant, derrière un mur en partant. Alors je préfère ce départ-là, vous laissant continuer à discuter. Pas ce silence qui emplit la gare une fois que le train est parti.
L'absence s'est pourtant durement manifestée. Plus diffuse, plus latente, elle me guettait à chaque seconde en tête à tête avec moi-même. C'est d'ailleurs pour cela que je repoussais l'heure du plongeon dans le pays des rêves tout en désirant y sombrer pour des semaines. Comme pour ce train que j'attendais avec impatience sans toutefois vouloir y monter. La tête vide et l'esprit libre, c'était tout ce que je demandai alors.

22 mai 2011

Feelings

J'ai promis. Parce qu'il aurait été vain de lutter, parce que ç'aurait apporté plus de souffrance qu'autre chose. Alors je me suis tu, et tout au fond de mon cœur, je leur ai donné ma parole. Quoiqu'il m'en coûterait, je ne quitterais pas ce rivage, je ne me laisserais pas sombrer dans la tristesse... Je me souviens de cette nuit-là! Je les ai vu partir, sans pouvoir rien faire. Trop de peine, si j'osais ouvrir la bouche pour les appeler; trop de douleur si je m'élançais pour saisir leurs mains ; trop de déception en conséquence, puisqu'il ne pouvait en être autrement. Ils partaient et me laissaient, seul. Ma sœur, ma merveilleuse Europe, m'avait été arrachée. Et c'est pour cet enlèvement que mes frères m'étaient arrachés à leur tour. Pourquoi m'abandonnaient-ils? Pourquoi ne pouvais-je partir avec eux, et venger notre sang, à leur côté? Sordide réalité.

Tous partis, comme des voleurs. Seul. Ils m'ont abandonnés, tous sans exception. Qu'est-ce qui me rattache encore à ces terres? Les oiseaux? Mes souvenirs? Ma langue? Je peux bien les emporter avec moi. Mais il y a bien une chose qui m'enchaine ici, une seule : leur absence. À quoi bon rester si c'est pour prétendre à être heureux, simplement parce que je leur ai promis? Impossible, impossible. Le vide qu'ils laissent derrière eux est trop grand, trop envahissant pour que je puisse m'auréoler de joie. Lui aussi, tente de me retenir. Pourquoi tant d'acharnement? Certes, il m'a enseigné la vie. Mais il ne peut me donner le bonheur. Personne ne peut me rendre cette paix, il faut que j'aille la chercher moi-même. Je partirai.

17 avril 2011

My Blood is Burning

Je suis tombée dessus par hasard. Perdue dans l'éventail désordonné des marques pages et des lettres, la missive boursoufflée attendait, aux côtés d'une vieille carte signée d'un "Je t'aime" qui garde, aujourd'hui encore, la page de certains de mes romans. L'enveloppe depuis longtemps ouverte était comme engorgée de tous les mots qu'elle contenait... Et de l'histoire qu'elle contenait. Je fis glisser la missive hors des anneaux qui la retenaient et j'en extrayais six pages et une carte, qui m'avaient laissée troublée et perplexe, il y a huit mois de cela.

Le petit "1" entouré, griffonné en haut de la page, ressemblait à un signe de 'Peace & Love' auquel il manquait une jambe. La comparaison m'arracha un sourire. Les récits de vacances ou les milles et uns bleus laissèrent vite place à une histoire. De cette lecture-là, je connaissais désormais l'issue et je savais surtout qui en étaient les protagonistes. Plus besoin de chercher les échos à la réalité, je vous voyais réinterpréter cette courte pièce dont je n'étais spectatrice qu'au travers de ces pages. "Elle avait profité de l'état dans lequel le deuil l'avait plongé, et lui avait profité de l'amour qu'elle lui portait pour se gorger de sa chaleur et de sa tendresse." Et, bizarrement, je me suis retrouvée dans ces mots parce que c'était ce qui s'était passé cet après-midi, dans le café. J'ai simplement réalisé que ce moment perdu hors du temps faisait écho à ton étrange histoire. Et ça m'a fait sourire.


26 mars 2011

Free like the wind

Les cris d'enfants ont disparu, chassés par un silence bourdonnant. Il fait froid, il fait nuit. Les lumières sont allumées, jetant leur lumière blafarde sur le bitume de la cour de récréation. Même les fantômes semblent avoir fui ces éclairages agressifs. L'école est sans vie, sans couleur. Les arbres nus lancent vers les étoiles leurs doigts fins, comme dans un appel à l'aide, derrière leur enclos. Mais qui les entendrait de là-haut? Le décor frémit sous le souffle du vent qui vient rafraîchir davantage l'air.
Et pourtant... Il y a ces sacs par terre. Ces pulls jetés au sol. Les ombres s'étirent sur les dessins peints sur le goudron, loin, très loin, jusqu'au grillage, à l'autre bout de la cour. Elles virevoltent, bougent, se transforment. Et s'immobilisent. Pour repartir de plus belle. Les dents claquent, le corps frissonne, mais qu'importe, la peau, nue, s'offre à l'air de la nuit. Car dans ses veines, la vie bouillonne et réchauffe ses membres engourdis par le froid. Les rires se perdent dans le ciel, sans un nuage pour les retenir. Ils rejoignent les étoiles, côtoyant probablement les cris des arbres.

Elles dansent sous la lune, comme des enfants.

16 mars 2011

The come back


Le soleil étira ses rayons sur le roman que j'étais en train de lire, zébrant les pages d'orange. Je relevais la tête, répondant à cet appel chaleureux. Soudainement, je réalisai qu'il n'y avait plus un bruit, seulement le ronronnement du bus.  Ce silence nous emmitouflait dans une torpeur reposante. La fatigue nous accablait tous, et le temps de deux minutes, chacun n'aspirait plus qu'à un peu de répit. Le bus roulait lentement, bloqué par un feu rouge. Un air de guitare me parvint soudain alors que tous se délectaient de ce bain de chaleur. La musique s'échappait du casque d'un, ou d'une inconnue ; elle sentait le feu de camp sur la plage, un soir d'été. Un air qui donnait envie de fermer les yeux et d'imaginer ses mains s'enfoncer dans le sable chaud, de se laisser bercer par les embruns de la mer. En jetant sur nous son dernier souffle de chaleur, l'astre nous offrait la fin d'une belle journée, qui sonnait comme la promesse d'un lendemain encore meilleur.
Qu'il est bon de rentrer chez soi.

25 février 2011

I thought I could read him like an open book.


Lui. Le regarder, encore et encore... Je me disais qu'il n'était qu'un, perdu au milieu d'une foule d'autres. Pourtant, c'est sur lui que mes yeux se posaient. Inlassablement. Et un jour de pluie, saisie d'une inspiration nouvelle ou tout simplement par capitulation, je ne cherchai plus à résister. Cédant à l'attraction, l'objet des convoitises se retrouva à mes côtés. On avait toujours une vague idée de la chose vers laquelle on s'engageait alors, mais c'est peut-être mieux de ne jamais savoir précisément. C'est bien connu, on ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas ou l'on va...
Le tout début me surpris néanmoins : je ne m'attendais pas vraiment à ça. Surmontant l'appréhension première, je me laissais peu à peu entraîner. Il fallait le temps de s'habituer, de s'y familiariser. Puis le temps passant, je finissais par le deviner, reconnaître sa marque, ses habitudes et ses petites manies qui faisaient son caractère. Je me laissais prendre dans cette histoire, fascinante par moments, quasi-hypnotisante à d'autres. Il m'arrivait aussi de m'ennuyer, de souhaiter passer à autre chose mais le magnétisme doublé de la curiosité était trop fort, je voulais malgré tout voir comment le tout allait évoluer.
Parce que sans m'en rendre compte, je m'y étais attachée, et je me plaisais à imaginer le devenir de chacun. Hors du temps, hors de la réalité, qu'il était bon de s'abandonner un peu, laissant de côté les petits tracas du quotidien! Je n'avais qu'à oublier tout le reste pour reprendre ce monde que j'avais laissé en suspend.
Je savais pertinemment qu'il y aurait une fin à tout ça, que cette histoire ne pouvait s'étirer éternellement. Après tout, l'ennui ou la lassitude se seraient installés définitivement. Mais malgré cette certitude, je me laissais piéger à chaque fois : après la surprise sceptique du début, je me laissais agréablement surprendre par la suite. Et chaque fois, je me faisais un peu plus happée, sans pouvoir opposer la moindre résistance.
La fin approchait irrémédiablement. Je la voyais maintenant ; la distance qui me séparait d'elle se réduisait, parfois très lentement, parfois avec une incroyable célérité. Toujours le même paradoxe : plus je me laissais emporter, plus je la désirais, cette fin. Mais l'inconnu, le vide qui se trouvait au-delà, en valait-il vraiment la peine? Et comment se présentera-t-elle? Ces questions qui tournaient de plus en plus souvent autour de moi... Et voilà qu'un jour, qu'une heure, qu'une minute, j'y arrivai.
Alors je relus encore une fois la dernière ligne, refusant inconsciemment ce point final. Je refermai le roman, passant la main sur la couverture. En le rangeant, je me dis qu'un jour, je retomberai certainement dessus et me laisserai de nouveau tentée par le titre. Certaines choses qui m'avait alors échappées me permettraient alors de le redécouvrir d'un autre oeil... Qui sait?

"A good book has no ending."
Robert Dalziel Cumming
Un petit défi pour voir ce que je pouvais encore produire... 

19 février 2011

The walk to nowhere

La lumière brumeuse arrosait le sol d'une infinité de petits reflets orange. L'air, calme, ne laissait pas place à la moindre petite brise. De chaque côté de la rue se dressaient deux colonnes d'arbres, ombres intrigantes dans la pénombre ambiante. L'eau gouttait de leurs doigts crochus, donnant vie à une symphonie de clapotis sur l'asphalte luisant. Vide. Le monde est vide.

Seul compagnon de cette promenade nocturne, l'écho de mes pas sur le sol. Claquement sec et régulier, qui remplissait ces espaces abandonnés. La fraicheur emplissait mes poumons et chaque inspiration semblait me gorger de vitalité. Capter cet air pur, encore plus, pour me vider de toute cette pollution accumulée durant la journée. Revivre par ce geste instinctif qui nous assure la vie.

 Ce tête à tête avec le néant avait quelque chose de reposant. Toute angoisse balayée par le vent inexistant, la vacuité du monde exaltait de sérénité. J'étais seule, face à moi-même, face à l'univers et face à ma liberté. Poursuivant ma balade vers nulle-part.

16 janvier 2011

Words


Ils sont là, tapis au fond de soi. Serrés, amoncelés, entrelacés. Mais pas immobiles, non. Ils vivent à l'intérieur, grondent et murmurent, impatients de s'échapper. Un frisson. Il faut garder le contrôle, ne surtout pas laisser ce flot s'élancer sans but. Le geste perdrait toute sa beauté comme elle perd toute son énergie dans ce saut vers nulle part.
La première phrase s'évade, légèrement étranglée. Lancée loin, le plus loin possible pour que ce premier obstacle n'ait pas l'occasion de ficher ses crocs dedans. Les autres tournoient, bouillent en attendant leur délivrance. Battements féroces, qui ne cesseront pas, ébranlent l'âme et secouent les os.
Tout disparait alors ; grand vide. Mais ils sont là, tout autour, résonnent et reviennent. Pour me réchauffer de leurs sens...

05 novembre 2010

Addicted

La fumée s'élève, se déchire, évolue en volutes qui s'estompent progressivement.
Disparus tracas, pression, angoisse, doute et découragement. Remplacés par cette force profonde, diffuse...

Le soleil est là, réchauffe l'ambiance, rehausse le dégradé des arbres, et redonne le sourire. Satisfaction du travail accompli, souligné par la reconnaissance dudit travail. Des rires ; des présences, rassurantes. Et ce regard, et ce sourire...

Comment peut-on imaginer vivre ne serait-ce qu'un instant sans ce shot? Tellement grisant, si facilement enivrant... Le bonheur, tout simplement.